:::::::C'est toujours comme ça : un dernier verre, une dernière clope, un dernier regard vers le comptoir. Elle s'imaginait déjà sont lit froid en rentrant, l'acidité dans son estomac pour toute compagnie, elle savait qu'elle allait prendre un taxi, instant glauque en compagnie d'un inconnu, tous deux confinés dans l'espace clos qu'on appelle une voiture, affronter la froideur d'une soirée d'hiver, monter les escalier et s'écrouler dans les draps vides. C'était toujours comme ça.
:::::::Seulement cette fois elle avait décidé que ça ne se finirait pas comme d'habitude, ça allait se finir vraiment, une réelle apothéose, The End comme on dit, avec du sang et des larmes comme dans les films. Le grand saut. Celui qui mène du vide à la terre ferme en un quart de seconde.
:::::::Elle a pris son taxi, les yeux dans le vide, comme prévu, mais arrivée chez elle, elle n'est pas montée par les escaliers habituels, elle a pris les autres, ceux qui mènent sur les toits, lorsqu'elle les a vue la première fois, ça lui a fait penser à un film, Pretty Woman, ça l'a fait rire, un de ces rictus amères qu'elle ne connait que trop bien. Une marche, puis deux, puis trois... ainsi de suite. Enfin le toit, plat, avec une vue magnifiquement gerbante sur la ville qui dort, qui pleure, qui boit, qui meurt. Le vent dans ses cheveux, glacial, comme un claque majestueuse dans la gueule, une de plus, une bénéfique c'était déjà ça, en tout cas l'ultime.
:::::::Regarder le sol, il attitre, il effraie, le dernier amant sera de goudron. Avancer vers le rebord, sentir le vertige, cette incroyable sensation qui vous enveloppe toute entière, et penser. Penser une dernière fois à la vie, pâle existence remplie de rien, main dans la main avec un fantôme venu du fin fond d'un esprit torturé, se rappeler les jours et le nuits passés à essayer de combler le vide assassin, remplacer chaque homme, chaque poison, chaque rêve par un autre pour se faire croire à un certaine diversité, une multitude exaltante, au fond, du remplissage inutile, une fois, c'est toutes les autres, ce n'est rien, la répétition n'entraine que l'uniformité, rien ne varie, tout se répète, alors s'il faut sortir des rangs, autant le faire en beauté, du haut d'un toit, alcoolisée, droguée, chacun sa notion du beau.
:::::::Le beau n'a été pour moi que le trésor enfoui sur l'île merveilleuse de mes fantasmes, et en même temps, une excuse à mes déboires, une cuite avec pour alibi un désir d'élévation spirituelle et de vérité ça passe toujours mieux vis à vis de soi même qu'une envie avouée de s'enfuir hors de soi même parce qu'on se déteste profondément, et que, le chemin vers l'autodestruction étant déjà tracé et entamé, une murge de plus une murge de moins, c'est kif kif.
:::::::Elle avance un peu plus. La peur l'embrasse comme personne ne l'avait jamais embrassée, et pourtant elle en avait vu des bras, pas les bons, c'est tout. Le paysage tourne, elle tremble, froid, alcool, peur, elle se sent plus faible et à la fois plus forte que jamais, à demi nue au-dessus de la ville, une reine bafouée. Est-ce que ça va faire mal? Est-ce que finalement la vie n'en vaudrait-elle pas le coup?
:::::::Un son électronique, une sonnerie de portable, le signal virtuel d'un pensée humaine traduite en ondes puis en son ou en lettres sur un écran, comme une envie de gerber. Elle sort l'appareil de sa poche, une secousse dans sa main, il va s'écraser lamentablement au sol. Larmes. Inutile de le rattraper, demi-tour, honnêtement, la frousse, la vraie, celle qui vous prend aux trippes et vous paralyse, un faux pas et puis, c'est la chute.
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